Anecdote

les Rockers au Golf Drouot en 67 photo x...

Quelques années plus tard (vers mars 66) mon groupe s'appelait alors les Rockers, nous étions le "home band" du club des Rockers: la Locomotive place Blanche.Ce groupe avait pour fonction en plus de ses prestations, d'accompagner Jean-Claude Berthon, le directeur du Magazine Disco-Revue qui s'essayait à chanter, ainsi que les participants d'une espèce de crochet amateur qui avait lieu tout les samedis sur la scène de la Loco.

Nous reçevons un jour un appel de Jacques Barsamian, nous expliquant qu'il organisait avec Jean Louis Rancurel une série de concerts et qu'il cherchait un groupe pour accompagner Vince dans cette petite tournée d'un mois à travers la France, on bondit de joie. Bien sûr, on savait tout de l'actualité de Vince, on était au courant de son grand "flip" de 65 sur la scène de la Loco, mais putain!! c'était Vince Taylor ... merde!!!! et on allait faire le max pour l'aider à remonter au plus haut.

Le hasard veut qu'à ce moment-là notre batteur de l'époque Geza, encore partagé entre des études de médecine et une vie plus que difficile de musicien, nous lâche et que Bobbie Clarke, ait envie de faire cette tournée avec nous. L'affiche est rédigée : "VINCE TAYLOR & BOBBIE CLARKE, accompagnés par les Rockers.

Sous la direction de Bobbie, nous répétons donc tous les standards de Vince, dont nous connaissions déjà une bonne partie par coeur. Nous mettons aussi au point ce qui sera son solo de batterie, un des moments-clef du show, car l'oiseau est particulièrement doué pour la frime, style roulement ultra-rapide avec sa double grosse caisse, en buvant décontracté une bouteille de Coca ... les gens devenaient fous .

Vince, lui, est beaucoup plus inquiétant à voir. Il porte des cheveux longs qui lui arrivent aux omoplates, serrés en catogan. L'oeil éteint, il doit probablement sortir d'une énième cure de désintox. Il est maigre à faire peur et ne bouffe qu'une fois par jour, dans sa chambre, des oeufs au plat et c'est tout. C'est aussi une de ses premières réapparitions sur scène depuis son "flip Mathieu" sur la scène de la Locomotive.

Enfin nous, les Rockers, on est content car c'est quand même Vince Taylor. Je ne me souviens pas qu'on ait parlé de pognon avec Patrick Darnay, le chargé de production de la tournée, de toutes façons je crois qu'on y serait allé à l'oeil, juste pour Vince.

Dés le premier concert, c'est terrible ……Malheur……Misère…… il ne chante plus, il ne bouge plus et ce ne sont pas les oeufs qu'il mange qui peuvent lui donner l'énergie dont il aurait besoin. On attaque l'intro d'une chanson , et il démarre le couplet d'une autre. Tous les soirs, c'est "coup de frein et changement de direction à chaque titre". Il faut aller le chercher, le ramener, l'assister en permanence. Ce n'est que l'ombre de lui-même, et encore ... en moins rapide

Un soir en Bretagne , un type vient nous dire :- Hé les mecs, faut pas me prendre pour un con, moi je le connais Vince, et c'est sûrement pas le mec qui chantait ce soir. Ses copains se joignent à lui, on en arrive rapidement à la limite du baston. Il faut que Vince, dans un état pitoyable, vienne grommeler trois mots en anglais, pour que les bretons se calment. C'est vraiment une période "down" de Vince. Un autre soir dans le nord, on doit jouer devant 3 ou 4 personnes, mais pour le plaisir, on joue quand même.

Une fois sur dix pourtant, sortant de sa léthargie et de l'éternel brouillard dans lequel il erre vingt heures sur 24, Vince soudain mû par on ne sait quel ressort redevient celui qu'on a connu, chantant comme une bête pendant 5 ou 6 titres, puis de nouveau, et sans raison apparente, il quitte la scène sans rien dire, et retourne dans son monde, tenant des propos plus incohérents les uns que les autres, quel gâchis ……

Pour finir, le dernier gala de cette glorieuse tournée devait se passer au Cadran à Colombes , un genre de grande brasserie possédant une arrière-salle de 500 places dont le directeur, Roberto Seto, faisait passer tous les groupes anglais qui transitaient par Paris (il n'a pas eu les Beatles, mais il a quand même eu en autres, les Animals, le Spencer Davis Group et Jimi Hendrix avant son apparition à l'Olympia en première partie d'un spectacle de Johnny. Les trois mecs de L'Experience ainsi que leur sonorisateur-chauffeur voyageaient dans leur petit Bedford, et Hendrix, comme les autres, déchargeait lui-même son matos, racontait Seto.

Enfin on s'installe tranquillement dans l'après-midi, on fait comme d'habitude notre balance sans Vince et Bobbie et on attend le soir pour la performance. Au moment de monter sur scène, Vince nous dit :

- Je peux pas chanter … - Pourquoi ? je lui fais - Quand je vais chanter, tout va sauter. - Arrête tes conneries maintenant Vince, on lui fait, y faut y aller. - Je peux pas … je peux pas …ça va sauter, ça va sauter..…tout…

Palabres, discussions, Bobbie prend l'affaire en mains, et parlemente 20 mn avec Vince. Le public de chouffés (bananés) commençe à s'impatienter et gueule.

Roberto Seto déboule dans la loge et nous demande de commencer. On monte sur scène et avec Geza notre "ex" et "refutur" batteur venu nous voir sur scene avec Vince et Bobbie nous attaquons une version instrumentale de Memphis Tennessee suivie de quelques rocks standards. Court entracte, puis avec Bobbie et Vince enfin convaincu de monter sur scène nous nous lançons dans l'intro de "Trouble" (version Elvis) du film King Creole. Intro faite, break pour la première phrase du chanteur en solo, premier mot: If you………plus de sono , plus de jus pour les amplis, plus de lumière sur la scène, rien ……rien……le néant total. Juste Vince qui gesticule en criant dans l'inutile microphone : -"D'je l'avais dite… d'je l'avais dite et voilà… d'je l'avais dite" .

Gala annulé, limite du baston général, enfin la routine quoi. Cette tournée avait duré presque un mois. La semaine suivante, Roger (un des Rockers) reçoit un coup de téléphone de Geza notre batteur qui, ayant une fois de plus lâchement abandonné ses études, est de nouveau disponible.


Dernier détail

Dans The Observatory, Phil Guidal parle à la page 31 du passage de Vince au St-Hilaire, rue de Ponthieu, avec comme backing groupe les Play-Boys reformés. Ce que ne pouvait pas savoir Phil Guidal, c'est qu' en réalité il était prévu que ce soit les Rockers qui y accompagnent Vince. C'est ce que nous avaient fait miroiter les organisateurs depuis le début de la dernière semaine de la tournée : "Le Tout-Paris sera là, ça va être super pour vous, c'est pas payé, mais c'est pour votre promo"(.?...) Enfin, le jour même du passage au St-Hilaire, notre matos installé, nous devons - un peu à regret je dois le dire, mais toujours pour le bien de Vince - céder la place aux Play-Boys, effectivement reformés pour cette unique occasion et pour ce passage de Vince, qui, oh ! miracle !!! fut touché par le St-Esprit du rock and roll ce soir là, et fit une superbe prestation devant, bien sûr, l'éternel Eddie Barclay et sa nombreuse cour venu c'est sur, davantage pour la frime que pour le rock and roll.

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